
Le tsunami New Romance est là, que vous le vouliez ou non. Cessez de mépriser ce que lisent vos jeunes usagers : apprenez à décoder ces genres controversés pour transformer BookTok en levier de lecture publique, tout en posant un cadre éthique clair.
A l’issue du module de formation, les stagiaires seront capables de :
Public concerné
Bénévoles et personnel des bibliothèques
Prérequis
Aucun
Apport théorique, exercices pratiques avec mise en situation, échange et débat avec le formateur ou la formatrice
Soyons francs : l’arrivée massive de la New Romance et surtout de la Dark Romance sur les étagères crée un malaise profond chez les bibliothécaires. D’un côté, les statistiques s’affolent : ce sont les livres les plus vendus et les plus demandés par les 15-25 ans, propulsés par l’algorithme de TikTok. De l’autre, le contenu choque. Scènes de sexe explicites (« Smut »), relations toxiques, glorification de la violence psychologique ou physique dans la Dark Romance.
L’erreur classique des professionnels est la réaction épidermique : le rejet (« C’est mal écrit, c’est pornographique, on n’achète pas ») ou la censure déguisée. Résultat ? Les jeunes achètent leurs livres en librairie ou sur Amazon, et la bibliothèque confirme son image de lieu déconnecté, « ringard » et moralisateur. Le défi n’est pas de valider moralement ces textes, mais de comprendre pourquoi ils fascinent une génération entière et comment les médiatiser sans mettre les jeunes lecteurs en danger. C’est une ligne de crête étroite entre liberté d’accès et protection des mineurs.
Chez ACANT, nous refusons l’autruche. Ces livres existent, ils sont lus. Notre méthode vise à transformer la panique en compétence professionnelle :
Analyser (La Taxonomie du genre) : Tout n’est pas de la Dark Romance. Analyser, c’est apprendre à distinguer. La New Romance (émotions fortes, scènes intimes, fin heureuse) n’est pas la Dark Romance (transgression, absence de morale, fin souvent sombre). Nous décortiquons les « Tropes » (les codes narratifs) qui cartonnent : Enemies to lovers, Fake Dating, Captive. Nous analysons aussi les mécanismes neurobiologiques de cette lecture addictive (le « shoot » émotionnel).
Expérimenter (La Lecture sans préjugés) : On ne peut pas médiatiser ce qu’on méprise. Nous vous faisons lire. Pas des résumés, mais les textes. Nous expérimentons le choc de lecture pour comprendre ce qui accroche le lecteur. Nous testons aussi la médiation éthique : comment parler de consentement à partir d’un livre qui le bafoue ? Comment utiliser ces livres comme supports de débat et non comme modèles de vie ?
Pérenniser (La Politique d’acquisition et de signalement) : Une fois qu’on achète, où le met-on ? Pérenniser, c’est définir une stratégie de classement claire. Créer un pôle « New Adult » ? Mettre des avertissements (Trigger Warnings) sur les couvertures ? Nous vous aidons à construire une politique documentaire qui protège l’institution et l’usager, en évitant que la Dark Romance ne finisse entre les mains d’un enfant de 12 ans par erreur.
Ce sujet nécessite de manipuler des matières inflammables. Notre pédagogie 60 % pratique / 40 % théorie vous oblige à vous positionner :
Atelier « Trigger Warning » : Vous analyserez des best-sellers (type Captive ou Jamais Plus) et vous devrez rédiger les avertissements de contenu adéquats. Violence, emprise, scènes explicites. C’est un exercice de responsabilité éditoriale crucial.
Jeu de rôle « L’ado et le parent » : Situation de crise : une mère revient furieuse car sa fille de 14 ans a emprunté un livre « choquant ». Comment argumenter ? Comment expliquer la différence entre fiction et réalité ? Nous travaillons les éléments de langage pour désamorcer le conflit et réaffirmer le rôle de la bibliothèque (proposer, pas censurer, mais accompagner).
Le « Blind Test » des Tropes : À partir d’extraits anonymes, vous devrez classer les textes : Romance classique ? New ? Dark ? Érotique ? Cet exercice d’affûtage du regard est indispensable pour ne pas faire d’erreurs de classement en rayon.
Pour former sur ces sujets, il ne faut pas des moralistes, mais des experts de la culture populaire et de la psychologie adolescente. Les formateurs ACANT sont bibliothécaires spécialistes du Young Adult, sociologues de la lecture ou blogueurs influents.
Leur posture est celle du démineur bienveillant :
Déculpabilisants : Ils rappellent que lire une fiction toxique ne rend pas toxique, tout comme jouer à GTA ne fait pas de vous un voleur de voitures. C’est la fonction cathartique de la littérature.
Vigilants : Ils ne sont pas naïfs. Ils savent que certains textes sont problématiques. Ils vous donnent les outils juridiques (Loi de 1949 sur les publications jeunesse) pour savoir jusqu’où aller.
Connectés : Ils maîtrisent les codes de TikTok. Ils vous montreront comment les bibliothécaires peuvent investir cet espace pour proposer des alternatives de qualité aux titres les plus contestables.
C’est la confusion majeure. La New Romance (ex : After) est une romance contemporaine pour jeunes adultes/adultes, centrée sur les émotions et la sexualité, avec généralement une fin heureuse (Happy End). La Dark Romance est un sous-genre qui intègre des éléments interdits par la morale ou la loi (viol, séquestration, mafia, inceste parfois). Dans la Dark, la relation amoureuse naît souvent de la contrainte et de la violence. La distinction est vitale pour le classement.
Juridiquement, tant qu’un livre n’est pas interdit par le ministère de l’Intérieur, il est diffusable. Cependant, la déontologie du bibliothécaire impose une protection. La méthode ACANT préconise non pas l’interdiction (qui attire), mais le ciblage restrictif : classer ces ouvrages en section Adulte ou New Adult identifiée, et non en Jeunesse, et apposer des avertissements clairs. Le dialogue avec l’usager mineur au moment du prêt est la meilleure sécurité.
C’est le paradoxe qui trouble les féministes et les bibliothécaires. C’est souvent un moyen d’explorer ses peurs ou des fantasmes de domination dans un cadre sécurisé (la fiction). C’est aussi une réaction à une littérature jeunesse trop aseptisée. Comprendre ce besoin de « frisson » et de transgression permet de mieux conseiller, plutôt que de juger la lectrice comme une victime.
En ayant une politique documentaire écrite et validée (l’étape « Pérenniser »). Si vous pouvez prouver que ces achats répondent à une demande, qu’ils sont classés spécifiquement et accompagnés d’avertissements, vous êtes inattaquables. La formation vous aide à construire cet argumentaire pour répondre sereinement aux attaques sur la « moralité » des collections.
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