
La culture est un soin comme un autre. Apprenez à co-construire avec les soignants pour que le livre devienne un outil quotidien de lien, de mémoire et d’apaisement.
Public concerné
Bénévoles et personnels des bibliothèques
Prérequis
Aucun prérequis
Apport théorique, exercices pratiques avec mise en situation, échange et débat avec les formateur.trices.
Trop souvent, le bibliothécaire intervient en EHPAD comme un ovni. Il arrive avec ses livres, lit pendant une heure devant un groupe parfois somnolent, et repart sans avoir réellement échangé avec le personnel soignant, trop occupé par les soins d’hygiène et les urgences. Cette juxtaposition des interventions crée un sentiment d’inutilité chez le bibliothécaire (« M’écoutent-ils vraiment ? ») et d’indifférence chez le personnel médical (« C’est gentil, mais on n’a pas le temps »).
L’erreur est de croire que la bibliothèque doit tout faire seule. En n’impliquant pas les aides-soignants, les infirmiers ou les animateurs de vie sociale, l’action culturelle s’arrête net dès que le bibliothécaire franchit la porte de sortie. Le livre reste un objet étranger, alors qu’il devrait être un outil de soin relationnel permanent, accessible même à 3 heures du matin lors d’une insomnie.
Chez ACANT, nous ne formons pas à l’animation, mais à la coopération. L’objectif est de transformer le personnel soignant en ambassadeur de la lecture.
Analyser (La Double Contrainte) : Pour travailler ensemble, il faut se comprendre. Analyser, c’est découvrir le quotidien de l’autre. Le bibliothécaire doit comprendre la fatigue, les pathologies (Alzheimer, DMLA) et le rythme effréné de l’EHPAD. Le soignant doit comprendre que la lecture n’est pas une « occupation », mais une stimulation cognitive. Nous cartographions les freins de chaque métier pour trouver le terrain d’entente.
Expérimenter (La Boîte à Outils Partagée) : Nous créons des supports utilisables par tous. Nous expérimentons des outils de médiation sensorielle qui ne demandent pas d’être expert littéraire. Des malles thématiques (objets d’antan + livres), des lectures flash, des supports audio. L’idée est d’outiller le soignant pour qu’il puisse se saisir d’un livre lors d’un moment de toilette ou de repas, pour apaiser ou engager la conversation.
Pérenniser (Le Protocole de Partenariat) : La bonne volonté ne suffit pas. Pérenniser, c’est rédiger une convention qui définit les rôles. Qui choisit les livres ? Qui les stocke ? Qui forme qui ? Nous vous aidons à structurer une relation durable où la bibliothèque forme le personnel soignant à la lecture à voix haute, et où le personnel soignant forme la bibliothèque à l’accueil des pathologies du grand âge.
Il faut sortir des postures institutionnelles pour entrer dans l’humain. Notre pédagogie 60 % pratique / 40 % théorie favorise l’empathie et la technique :
Atelier « Vis ma vie » : Les bibliothécaires simulent les contraintes d’un aide-soignant (gestes, timing) et inversement. Cet exercice d’inversion des rôles est radical pour comprendre pourquoi un soignant ne peut pas toujours rester pendant l’animation lecture.
Design de la « Malle à Souvenirs » : Vous concevrez ensemble un outil de médiation concrète. Sélectionner des textes courts, des photos d’époque, des objets à toucher, des musiques. Vous apprendrez à utiliser ces supports pour déclencher la parole et la réminiscence chez les résidents.
Mise en situation « Lecture au chevet » : Lire pour un groupe est une chose, lire pour une personne alitée et fatiguée en est une autre. Nous travaillons la voix, la proximité, le tact et la gestion du silence dans l’intimité d’une chambre.
Les formateurs ACANT sur ce module sont des profils hybrides : bibliothécaires hors-les-murs, art-thérapeutes ou coordinateurs de projets culture-santé.
Leur posture est celle du facilitateur :
Lucides : Ils ne vous vendront pas du rêve. Ils connaissent la dureté du milieu médico-social (manque de personnel, fin de vie). Ils vous préparent psychologiquement à intervenir dans ces lieux de vie et de mort.
Techniques : Ils maîtrisent les spécificités gérontologiques. Comment lire à une personne malentendante ? Quel type d’édition (Grands Caractères, livres lus) choisir pour une personne atteinte de DMLA ?
Stratèges : Ils savent comment parler aux directions d’hôpitaux ou d’EHPAD pour les convaincre que le budget « Culture » est un investissement pour la qualité de vie au travail (QVT) des équipes et le bien-être des résidents.
C’est la majorité des cas en EHPAD. C’est là que le bibliothécaire devient essentiel. On passe de la lecture autonome à la lecture médiatisée. Lecture à voix haute, livres audio, beaux livres d’images (art, géographie, animaux) à feuilleter ensemble. L’objectif n’est pas le déchiffrage du texte, mais l’émotion et l’échange que le support livre provoque.
En proposant des formats courts et « clé en main ». Ne leur demandez pas d’organiser une heure de lecture. Proposez-leur des « Chariots livres » prêts à l’emploi, des textes courts (poèmes, haïkus) affichés dans les couloirs ou les salles de repos. Montrez-leur que le livre peut être un allié pour calmer une angoisse en 5 minutes. C’est par la preuve de l’efficacité que vous gagnerez leur adhésion.
Oui, c’est indispensable pour pérenniser l’action au-delà des personnes. Si la bibliothécaire motivée ou l’animatrice de l’EHPAD s’en va, le partenariat s’écroule souvent. Une convention signée entre la mairie et l’établissement fixe les engagements (fréquence, budget, formation) et ancre la culture dans le projet d’établissement.
C’est un frein réel pour beaucoup de professionnels du livre. La formation aborde ce sujet sans tabou. Nous travaillons sur la « juste distance » professionnelle. Le bibliothécaire apporte de la vie et de l’imaginaire, c’est sa fonction. Il n’est pas soignant, ni famille. Comprendre son rôle précis permet de se protéger tout en étant présent et bienveillant.