Lors d’une visite dans une médiathèque de centre-ville, une collègue me confie : « On vient de remplacer nos ampoules, mais j’ai l’impression qu’on passe à côté de l’essentiel. » Cette phrase m’est restée. Elle dit toute la complexité du sujet : la transition écologique ne se réduit pas à des gestes techniques. Elle questionne en profondeur notre rapport au livre, à la culture, à la transmission.
Aujourd’hui, de nombreuses bibliothèques s’engagent : réduction des déchets, gestion énergétique, recyclage, mobilité douce… Ces actions sont précieuses. Mais elles peinent parfois à s’inscrire dans une stratégie globale. Pourquoi ? Parce que les bibliothèques sont encore peu accompagnées sur ces enjeux, et qu’elles manquent souvent d’un cadre structurant.
La sensibilité écologique est croissante chez les usagers. Mais c’est aussi en interne que la pression monte. De plus en plus d’agents interrogent le sens de certaines pratiques : envois massifs de nouveautés, désherbage systématique, transports multiples de documents. Il y a là une tension : comment rester fidèle à nos missions tout en réduisant notre impact environnemental ?
Le monde du livre est confronté à des contradictions : surproduction éditoriale, invendus pilonnés, usages énergivores du numérique… En bibliothèque, ces tensions se retrouvent dans la gestion des collections. Faut-il continuer à acheter toujours plus ? Comment concilier diversité et sobriété ? La question n’est pas simple, mais elle mérite d’être posée.
Certaines bibliothèques choisissent de ralentir. Moins de nouveautés, mais plus de médiation. Moins d’achats, mais plus de circulation. Moins d’animation événementielle, mais plus de liens durables avec le territoire. Dans les formations que nous animons avec ACANT, nous encourageons ce type de réflexion : moins d’objets, plus de sens.
Adopter une démarche écologique, ce n’est pas seulement réduire son impact. C’est aussi retrouver l’essence du métier : créer du lien, transmettre, prendre soin. Une bibliothèque écoresponsable, ce n’est pas une bibliothèque « pauvre ». C’est une bibliothèque qui choisit, qui assume, qui dialogue avec son environnement.
Pour les responsables RH et formation, accompagner cette transition est une urgence. Il ne s’agit pas d’ajouter une compétence de plus, mais d’engager un changement de posture. Former les équipes, structurer les démarches, valoriser les initiatives : autant de leviers pour faire de la transition un projet partagé, et pas un fardeau.
La transition écologique invite à déplacer notre regard. Moins consommer, ce n’est pas moins transmettre. C’est repenser le rôle du livre comme vecteur de lien, d’imaginaire, de connaissance. Et si, demain, la bibliothèque devenait le lieu par excellence d’un rapport au savoir plus lent, plus durable, plus humain ?
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